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 | Contexte

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Kazuki Umezawa

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MessageSujet: | Contexte   Lun 7 Sep - 4:20

Tokyo, Novembre 2019.

Chap. 1 - Les Enfants Perdus

" J'ai froid. Enroulé dans une vieille couverture de tissu rêche, élimé, je reste sans bouger, alors qu'autour de moi, déjà, j'entends les autres qui s'agitent. Des cris d'enfants résonnent dans les couloirs, supplantés par les voix plus graves des plus vieux d'entre nous. C'est avec difficulté que j'ouvre les yeux, las, et que mon regard se pose sur le calendrier de fortune que j'ai épinglé au mur près de ma couchette. Nous sommes le 18 novembre, et je viens d'avoir 20 ans. 20 ans... Il y a six ans, c'est un âge qu'il me tardait d'atteindre ; me voilà majeur. Mais aujourd'hui, je suis loin de me considérer comme un adulte. Car tout à changé depuis la tempête. Six années se sont écoulées depuis, et le temps semble s'être arrêté.

C'était un jour d'automne, comme celui-ci - je crois. Je me souviens de cette annonce, passée à la télévision, la veille de la catastrophe ; c'est un simple typhon, un nowaki, qu'ils avaient prévu. Je me souviens des habituelles remontrances de ma mère, lorsque, à bout de nerfs, elle avait enfin réussit à me joindre - c'était chaque fois la même chose. Je lui avait répondu depuis l'appartement miteux d'un ami - le plus vieux d'entre nous -, chez lequel nous avions tous échoués après une journée passée à flâner dans les rues sous la pluie diluvienne. C'est lorsque le premier cri a déchiré la nuit que nous avons compris que quelque chose au-dehors n'allait pas, trop ivres pour nous rendre compte de la violence inhabituelle des rafales. Notre hôte s'est précipité sur le palier, où se regroupaient déjà les autres locataires de l'immeuble, leurs visages blanchis par la peur. Une fille se tenait au milieu, trempée, tremblant de tous ses membres ; je ne me souviens plus de ce qu'elle disait. Seul le sang sur ses bras et ses jambes m'apparaît encore clairement. Quoi qu'il en soit, nous ne sûmes jamais vraiment ce qu'il est arrivé à cette fille. Car c'est à l'instant où notre hôte revenait vers nous que la vitre explosa.
Je sentis le vent avant même de comprendre ; des éclats de verre inondèrent la pièce, et la tempête s'engouffra avec violence dans le studio, tandis que mes compagnons, soudainement plus lucides qu'ils ne l'avaient jamais été, se protégeaient le visage de leur bras. Je me souviens d'un cri sur ma droite - je n'eus pas le temps de me retourner. Je me souviens d'une vive douleur, d'un millier de papillons noirs voletant devant mes yeux, et des voix qui semblaient s'éteindre.
Et puis, je me souviens de Shibuya. Un hall immense, et partout des enfants, blessés pour certains, éreintés, fatigués. Quelqu'un vit que j'avais repris connaissance et se précipita vers moi - Vite ! Vite ! Il faut soigner les blessés ! - Mais je restai là, incapable de bouger. Puis l'on m'expliqua, avec douceur. La tempête n'était pas un typhon. Dehors, il n'y a plus rien. Dehors, tout est détruit, et nous, nous sommes là, dans la tour Shibuya 109, l'immense centre commercial. Où sont les adultes ? Nous l'ignorons. Nous savons qu'ils sont là, quelque part dans la ville, éparpillés - mais nous, nous avons besoin de nous rassembler. Nous sommes les orphelins de la tempête. Orphelins ? Mais que sont devenus mes parents ? Il fait froid. Je me mis à trembler, presque inconsciemment. Je sentis des bras, frêles mais doux, se refermer autour de mes épaules.

" On s'en sortira. " me murmure une voix claire. Et cela sonne comme une promesse.

Sa voix est bien plus grave, six ans après, alors qu'il me secoue doucement l'épaule pour me réveiller.

" Allez, on se lève ! " rigole-t-il. " On bosse, aujourd'hui, tu te rappelles ? "

Comme si j'allais oublier. Je grogne en signe d'acquiescement, avant de m'extirper péniblement de la couchette rudimentaire qui me sert de lit - certains ont la chance d'avoir récupéré de vrais sommiers, pas moi. Il faut dire que depuis que la tempête, tout s'est arrêté. Ainsi, tout dans la ville se trouve en nombre limité, au vue des pertes et des dégâts occasionnés. Et ces dégâts créent du danger. Ainsi travaillons-nous en temps que déblayeurs ; car, malgré les années, ou à cause d'elles, les bâtiments fragilisés continuent de s'effondrer parfois, et nous nous mettons alors en route, payés en nourriture par ceux qui refusent de se salir les mains. C'est ainsi que cela fonctionne, à présent. Le troc. Un service contre de quoi survivre. Certains, en six ans, ont trouvé des métiers relativement stables - souvent indispensables - d'autres, moins chanceux, peut-être, se contentent de ce qu'ils trouvent. Ou de ce qu'ils volent. Mais est-il vraiment nécessaire de préciser que nombre d'entre nous pratiquent des professions illégales ?

Je frissonne tandis que nous passons les portes du Refuge. Il fait à peine jour, et le froid me mord le visage et les mains. Nous ne sommes pas les seuls à sortir si tôt, et partout déjà, des enfants par petits groupes s'enfoncent dans les rues alentours. Certains rejoignent des ateliers improvisés dans les magasins alentours, d'autres s'apprêtent, comme nous, à quitter le quartier pour travailler à l'extérieur. D'autres encore sortiront ce soir - ceux-là ont moins de chance que nous. De nombreux immeubles se sont effondrés, et la végétation recouvre par endroit les décombres ; mais aucun d'entre nous ne s'en formalise - après tout, nous connaissons cet endroit comme si nous y étions nés. Pas un adulte ici, excepté bien sûr ceux qui comme moi ont atteint leur majorité après la catastrophe. Quelque part, une sorte d'accord tacite s'est établi peu de temps après la tempête : Shibuya est notre territoire. Ils savent se qu'ils risquent en s'aventurant ici sans notre accord. Et nous savons que le monde au-dehors n'est pas sûr. Car les adultes, comme nous, sont prêts à tout pour survivre. Alors, si ce n'est pour travailler, nous restons là. Nous, les Enfants Perdus.
"

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Jan L. König

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MessageSujet: Re: | Contexte   Mar 19 Jan - 23:04

Tokyo, Janvier 2020.

Chap. 2 - Le Centre


" Ce matin, je ne me lève pas.
Pas envie.
Je sais, « la communauté à besoin de moi ».
Pas de moi en tant que telle, bien sûr. « Moi », en tant qu’individu. En tant que mains supplémentaires pour aider au bien-être de tous.
La blague. Comme si ma présence pouvait changer quoi que ce soit !
Il y a encore quelques années, personne ne venait m’emmerder avec ça. Bon, j’avoue, il y a quelques années, j’étais gosse. Et un gosse – une gosse, en l’occurrence – ça sert pas à grand chose quand il s’agit de rassembler de la nourriture ou de rendre l’endroit habitable.
Mais depuis que je suis officiellement adulte, je dois dire qu’ils ne me lâchent plus, avec ça. C’est « tu veux pas donner un coup de main ! » à longueur de journée dès que je mets le nez hors de la maison.
Donc, ce matin, je ne me lève pas.
Je préfère réfléchir. A tout ça. Le typhon d’il y a six ans.
J’avais…A peu près 14 ans, à l’époque. Et j’avais d’autre préoccupations que la météo, je dois dire. Du coup, ça me fait drôle de penser à la Tempête maintenant.
Mais bien sûr, j’y pense plus comme à une catastrophe que comme à un phénomène météorologique, comme tout le monde ici.
La catastrophe qui a changé nos vies.
Je ne souviens pas des événements. Je me souviens quand l’arbre a traversé le mur du salon, et puis, plus rien.
Après, je me souviens de mon réveil, et de cette horrible migraine qui me martelait le crâne. Quand on m’a dit qu’un arbre m’était tombé dessus, sur le moment, je n’y ai pas cru. Admettez que ça paraît bien peu crédible, dit comme ça ! « Bonjour petite, tu va bien ? Un arbre t’a atterri sur la figure, mais ça va, rien de grave ! »
Mais bien sûr.
Bref, cette histoire d’arbre résolue – en fait, j’avais été assommée par une branche – je pus me lever et ainsi découvrir ce que mon quotidien – ou ce qu’il en restait – était devenu. Après étude approfondie, j’avais fini par conclure que nous nous trouvions dans le gymnase de mon quartier. Quand au quartier lui-même…
Il n’existait plus.
Un amas de gravats, voilà ce que j’avais sous les yeux.
Je crois que j’ai pleuré. Je ne sais pas. Personne n’a songé à me le raconter, plus tard. Je suis retournée auprès de ma famille, pour constater que mon petit frère n’était pas avec eux. Je ne les questionnai même pas. Je n’en avais pas la force.

Je soupire et me lève. Je me demande si quelqu’un a déjà eut l’idée de raconter tout cela par écrit ? Certainement que oui. Pourtant, j’ai envie de le faire. Que mon témoignage subsiste, au delà des générations. Que plus tard, on se souvienne de ce fichu typhon.
Alors, je me dirige vers mon armoire, d’où je sors un bête cahier d’écolier. 96 pages, format A4. Ça fera l’affaire.
Je quitte discrètement la maison et me dirige vers un coin tranquille, histoire de pouvoir écrire sans être dérangée toutes les cinq minutes.
Un quart d’heure après, je suis assise sur un tas de pierres avec mon stylo, et je couche sur le papier tout ce qui constitue ma vie.
La Tempête, et les événements qui la suivent directement, bien sûr.
Et la suite.
Ce qui compose notre histoire.

Nous nous étions rassemblés sur le pont de Harajuku. Des milliers de gens réunis en un seul point de la ville, dans l’espoir qu’une solution survienne.
Je me souviens les cris. Les chuchotements alentours, disant qu’il est impossible de joindre l’extérieur de la ville. Aucun contact. Pas un seul de nos moyens technologiques de pointe n’était en mesure de fonctionner.
Je me souviens la cohue, chaque fois qu’une montée de panique venait secouer les rangs.
Et je me souviens des hommes et des femmes. Une poignée qui, malgré la peur et le chagrin, se sont mis en vue de tous et ont pris la parole. Des discours.
Bien vite, des questions se posèrent. La principale : fallait-il quitter la ville ? Aller chercher du secours ailleurs ?
Des gens ne cessaient d’arriver. Des quatre coins de Tokyo, il affluaient, apportant à chaque fois la même nouvelle : nous étions coupés du monde. Pour certain, nous devions donc aller vers l’extérieur, puisqu’il nous était impossible de le joindre. Pour d’autre, la prudence était requise. Et si c’était parce qu’il n’existait plus, que le reste du monde était injoignable ?
Des divergence firent bientôt leur apparition. Au fil des discussions, il fût décidé – au bout d’une durée incroyablement longue et de dialogues que je ne suivis qu’à moitié – qu’envoyer une équipe en reconnaissance était pour le moment la meilleure chose à faire. Après bien sûr la prise en charge des blessés. Je ne suivis pas vraiment cette étape là. Je errais dans le quartier, complètement déconnectée de la réalité, quand mon père vint me chercher, m’annonçant que les éclaireurs allaient se réunir et partir.
Nous nous étions alors dirigés vers la sortie de la ville, véritable marée humaine grossissant à mesure de notre avancée. Puis, il fallut s’arrêter. Je ne me souviens pas de l’endroit précis du départ des éclaireurs, aussi mon récit restera-t-il approximatif. Toujours est-il que nous étions maintenant rassemblés en un point de la ville, probablement bien plus loin de son centre que nous l'avions été depuis que tout avait tant changé, regardant tous – ou presque – une petite troupe d’hommes et de femmes se tenant à l’écart. C’était eux.
Quelques mots, quelques discours supplémentaires, et ils partirent. Ce n’est qu’alors que je remarquai l’état de notre cité passé un certain point. Des gravats. Comme à Ropponji, mais cela s’étendait aussi loin que portait mon regard, et dans toutes les directions mise à part celle d’où nous venions. Je crois que c’est à ce moment là que le faible espoir qui m’habitait – que l’on entre en contact avec l’extérieur – s’évanouit. Quoiqu’en pensaient certains, il était à craindre que ce soit impossible. J’eus peur, soudain ; peur pour les éclaireurs.
La suite me donna raison.
Nous attendîmes. Un mois. Deux mois, puis trois.
Ils ne revinrent pas. Ne donnèrent pas de nouvelles.
Quatre mois.
Nous perdîmes l’espoir de les revoir un jour.
Mais, étrangement, nombre d’entre nous pensaient toujours qu’une fuite hors de ce tas de décombres était possible. Qu’avaient-ils donc à l’esprit ? Sur quel étrange raisonnement se basaient-ils ? Je l’ignorais. Pourtant, ils semblaient sûrs d’eux.
Si sûrs d’eux qu’une expédition fût montée. Une immense expédition. A bien y réfléchir, je réalise aujourd’hui – au vu du nombre que nous représentons à présent – que près de la moitié de la population en était. Près de la moitié de la population s’apprêtait à partir. A mesure que la rumeur se répandait, je sentais l’ahurissement envahir mes pensées. Mais comment pouvaient-ils envisager une telle chose ? Cela me semblait dingue. Incompréhensible. Inconcevable. Complètement dément. Mais pourtant, c’était véridique. Ils allaient partir. Mais je crois que dans cette histoire, le plus étrange fût la réaction de mes parents. Ils étaient d’accord. Ils suivaient cette étrange pensée. Ils étaient convaincu de son bien-fondé.
Et moi, j’étais convaincue de leur folie à tous. Ils m’en parlèrent, bien sûr. Ils m’expliquèrent. « S’il ne sont pas revenus en courant, c’est qu’il n’y a pas de danger. » Voilà en quoi consistait leur raisonnement sans faille. A celui-là s’opposait le notre : « S’ils ne sont pas revenus, c’est que quelque chose les en a empêché. » Et nous ne savions pas quoi. D’où une certaine prudence, vous en conviendrez.

Néanmoins, il partirent. Au bout d’un certain temps, évidemment ; déplacer tant de monde ne se fait pas en un jour. Mais ils partirent. Et mes parents avec eux. Et moi, je faillis les suivre. Comprenez, je n’étais qu’une enfant, traumatisée pas des événements terribles, et j’avais un cruel besoin d’être rassurée. Quoi de plus normal que de vouloir suivre ma famille ?

Mais il y eut l’émeute.

Le jour du départ. Il avait été décidé que chacun suivrait la voie qu’il souhaitait, mais… Les choses ne se passèrent pas ainsi. Ceux qui partaient tentèrent de convaincre une dernière fois les autres, d’abord par des paroles de plus en plus autoritaires, puis par des gestes. Brutaux. Cela dégénéra quand quelqu’un fût blessé, bien sûr. J’ignore dans quelles circonstances, mais je me souviens de la suite. Des bagarres, des pierres qui volaient, des cris, à nouveau…
C’est cette seconde horreur sur le tracé de ma vie qui me fit changer d’avis. J’étais alors prête à croire en leurs belles paroles, mais je réalisai soudain qu’en partant, je ne faisais que m’engager en terrain inconnu, un terrain d’où les éclaireurs n’étaient pas revenus…
Je me souviens m’être cachée, en attendant que ça passe.
Je me souviens quand le silence est revenu, et que je suis sortie.
Je me souviens des gens qui m’ont raconté ce que j’avais loupé – le départ, dans la plus grande confusion, du groupe… Dont mes parents faisaient partie.
Et je me souviens des corps.
Vous n’imaginez pas ce que les hommes sont capables de faire quand l’instinct reprend le dessus.
Je vomis dans un coin, puis tournai le dos à toutes ces horreurs, repartant vers le centre de Tokyo avec la ferme intention de ne plus en sortir.

Ce que, effectivement, je n’ai pas fait depuis ce jour.
J’habite le Centre, maintenant. Là où nous sommes les plus nombreux.
J’entends quelques fois parler du Repère, d’où arrivent parfois quelques individu à l’air peu recommandable en quête de quelqu’un avec qui commercer, et de Shibuya – le Pays Imaginaire, comme on dit – où les enfants règnent en maîtres.

Et je vis ma vie, entourée des personnes qui sont aujourd’hui ma famille, cette petite tribu où peu ont des liens de sang, et où tous s’aiment et s’entraident.




Dernière édition par Jan L. König le Lun 4 Oct - 0:00, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: | Contexte   Lun 1 Mar - 6:26

Tokyo, Février 2020.

Chap. 3 - Le Repère


" Février, le mois le plus froid. Cela fait déjà une bonne heure que je suis réveillé, et pourtant, je reste là, allongé sur la couchette de fortune que j'ai aménagée dans la pièce principale d'un petit appartement de Kichijoji, au dessus de ce qui fut autrefois un bar sordide. J'attends. Les yeux grands ouverts, je fixe la silhouette pâle de la fenêtre qui se découpe dans l'obscurité. J'attends que le soleil se lève. J'aurai voulu me lever bien plus tôt, afin de pouvoir exploiter au mieux ma journée, mais l'endroit n'est pas sûr, quand il fait nuit. Les bâtiments effondrés, les débris, rendent la progression difficile et risquée. Mais surtout, c'est la nuit que sortent les bandes de pillards et autres voyous à la recherche de vivre et d'un territoire où s'installer ; ils sont nombreux, ici, au Repère, et l'ensemble du quartier est quadrillé par ces groupes vandales et sans pitié. Ils sont les chiens errants. Mais nous sommes les loups. Ceux-là sont des bandes nomades, cherchant à imposer leur autorité sur un quartier qu'ils ne connaissent que très peu ; quelle pitié ! La nuit, nous les laissons faire - après tout, les ruines sont là pour les perdre. Et le jour, s'il sont assez téméraire pour se montrer, nous les chassons.
Qui nous sommes ? Des solitaires, des exclus. Ceux qui n'ont pas voulu se fondre dans la masse de Harajuku. Nous sommes les habitants du Repère. Nous ne nous connaissons que très peu - après tout, notre nombre est infime, comparé au Centre, et ce faisant, nous sommes dispersés dans tout Kichijoji - mais nous savons agir de concert, quand il le faut.
Mais si nous repoussons de façon systématique ces meutes de chiens belliqueux, les autres ne craignent rien. Quiconque cherche un abris est le bienvenu ici ; si tant est qu'il sache se débrouiller. Et moi... Moi, c'est par choix que je suis ici.

Je me souviens de la tempête, des cris, du vent. Tout est si clair, encore, malgré les six années qui se sont écoulées ! Je me souviens du craquement sinistre du toit tandis que la main brutale du vent l'arrachait violemment, et du bruit assourdissant de la pluie tout autour de nous. Je me souviens de la porte de la cave, ou nous nous étions réfugiés, volant au travers la pièce, avant d'aller s'écraser contre le mur du fond. Je me souviens de ses cris. Elle s'était protégé le visage, et ses bras étaient criblés d'éclats de bois ; je précipitai aussitôt vers elle, affolé. Mais le vent fut plus rapide que moi. Je n'eus que le temps de voir son corps projeté dans les airs tel un pantin désarticulé, avant que je ne sois moi-même précipité avec force contre le mur, et que je ne sombre dans l'inconscience.

Poussant un soupir, je chasse ces souvenirs douloureux de mon esprit d'un geste de la tête. Le soleil est levé.
Je me lève rapidement, parfaitement réveillé, et commence à me préparer. Aujourd'hui, je chasse. D'un geste devenu machinal, j'ôte l'anneau d'or qui entoure mon annulaire gauche et le glisse dans la poche avant de mon gilet, après y avoir posé mon regard un bref instant.
Et j'empoigne mon fusil. Un coup d'œil à mes réserves m'apprends que, très bientôt, je serai à court de minutions. Autrement dit, il va falloir revenir aux bonnes vieilles méthodes ; reste à savoir si je serai capable de fabriquer un arc un tant soit peu efficace. Je marque une pause. Mouais. Un raid dans une des quelques armureries de la ville - aussi grande soit-elle - s'impose : j'ai toujours du mal avec le rustique.
Et je sors.

Le froid mordant de l'hiver me fouette le visage, implacable, tandis que je dirige mes pas vers le quartier fantôme d'Akihabara. J'aurai pu lui préférer Asakusa, comme la majorité de la population, mais je dois bien admettre que je suis plus à l'aise dans une jungle urbaine que dans un parc retourné à l'état sauvage - question de logique, je ne suis pas du genre campagnard.

La chasse est ouverte.

Lorsque je regagne mon refuge, le ciel se teinte déjà des couleurs du crépuscule, et je presse le pas, le fruit de ma chasse - deux lapins un peu trop téméraires - passé sur une épaule.
Déjà, des voix se font entendre dans le quartier désert ; je n'aurai pas dû tant tarder. Ils sont encore loin, mais je ne tiens pas à les croiser maintenant, sans quoi je peux être sûr que je ne mangerai pas ce soir.
C'est donc avec soulagement que j'atteins enfin l'appartement, mettant mon butin à l'abris.

Au dehors, un premier coup de feu a retentit.


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